Au pays des ferme ta bouche et des bouches cousues

Andy Buchanan via Getty images

Covid ô désespoir !

Au pays des ferme ta bouche et des bouches cousues, les yeux ne rient plus ou seulement à traits forcés. On ne s’étreint plus, on ne s’embrasse plus, on ne s’effleure plus ou alors à peine du regard.

Muselés d’injonctions, ils pleurent des nénuphars amers auréolant leurs bouches cousues de tissus à fleur.

Des ferme ta bouche accordéon en papier, en dentelle, en flanelle de coton, en popeline ou en jersey, voilent désormais les manifestations de joie.

Tel le lierre grimpant, ils taguent les murs, ils colonisent l’art, la pensée exhalée en secret, recouvrent la démocratie d’une épaisse buée sur les lunettes de nos rêves muets.

Les fauteuils et les écrans se vident de leur magie, de leurs rires francs, du velours de leur sang.

Pistés, dépistés, atterrés, attestés, dépités, délités, les hommes et les femmes nénuphar fleurissent sans contact dans les rues de la peine, glissent sur le bitume en ombres anonymes devant les vitrines aux yeux baissés.

Ces demi-visages cherchent leur moitié égarée. Au royaume des conversations chuchotées, la méfiance devient reine. On se protège même des mots de peur qu’ils ne nous contaminent. 

On couvre le feu, on abat le jour et on répand l’insomnuit dans les cœurs meurtris.

Ça respire sur la pointe de l’âme depuis trop longtemps, alors ça se confine derrière ces petits bouts d’alcôve, mais ça gronde au-dedans, ça révolte, ça veut exploser, ça veut aimer, mais pas du bout des lèvres.

Ça veut vivre, tout simplement.

© Nadia Bourgeois

16 commentaires sur “Au pays des ferme ta bouche et des bouches cousues

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  1. Ce temps n’est-il pas la réaction cutanée d’une nature ignorée au point d’être méprisée ?
    Je retiens cette pensée au nom de l’espoir qui en en retenant la leçon, apporterait correction au gâchis. Le baiser alors goulûment sain démasquerait tout ce qui participe vraiment à la vie.
    Mais j’ai peur que la précipitation ignore la sagesse.
    Merci pour ton article…
    N-L

    Aimé par 1 personne

    1. Merci à toi pour ton message Niala, j’ai envie comme toi de demeurer optimiste et de rester sur ton souhait « Le baiser alors goulûment sain démasquerait tout ce qui participe vraiment à la vie. »
      Tirer parti de l’expérience pour comprendre réellement les fondements de l’humanité.
      Belle journée à toi ! 🙂

      Aimé par 3 personnes

  2. Quel texte magnifique et puissant ! « On couvre le feu, on abat le jour et on répand l’insomnuit… » Merci merci merci pour ces mots qui nous parlent au coeur et libèrent la parole 🙂

    Aimé par 1 personne

  3. Jamais je n’aurais penser vivre ce que nous vivons actuellement, même si la pandémie a toujours fait partie de notre histoire terrienne. Ton texte et tes mots sonnent et résonnent en moi.
    Meilleurs jours.

    J'aime

    1. Bonjour Glomerule, je t’avoue que moi non plus, on nage en pleine dystopie sauf qu’on n’est pas assis sur notre canapé à regarder sagement le film à la télé. Merci beaucoup pour tes mots qui me touchent beaucoup et comme toi, j’espère également des jours meilleurs. Passe un excellent week-end ! 🙂

      Aimé par 1 personne

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